publié le 01/09/2024
Je m’appelle Ariane, j’ai 63 ans, jeune retraitée. J’étais principale de collège.
L’annonce :
J’ai 36 ans, mère de 2 petites filles (5.5 ans et 2.5 ans), enseignante en lycée, lorsqu’on me diagnostique un cancer du sein. Je mène une vie saine : je fais du sport, je fais attention à mon alimentation, mon travail me plaît. J’ai des projets de carrière. Je suis jeune, active, en pleine forme. Nous venons d’acheter un terrain pour faire construire une maison, nos prêts ont été acceptés.
Un dimanche soir, mi-décembre 1997, en prenant mon bain, je découvre une boule dans mon sein gauche. Sur le moment, je me dis c’est un kyste, j’en ai de temps en temps. Mais une petite voix au fond de moi me dit : non, c’est une tumeur. Toute la nuit, cette petite voix me parle.
Le lendemain matin, je téléphone à mon gynécologue qui me donne rdv dès le soir même à 21h. J’angoisse toute la journée.
Le soir, le médecin n’est pas très optimiste, mais ne dis rien. Il me demande de prendre rendez-vous en urgence pour une mammographie et une ponction, et me demande de le rappeler. C’est ce que je fais le lendemain matin. Mon gynécologue m’a devancée, il a pris rdv pour moi le midi.
Je vais au rdv, encore plus angoissée par l’urgence. Le médecin me fait la mammographie ainsi qu’une échographie et la ponction, son visage n’est pas serein, il est très concentré. J’attends le soir pour appeler mon gynécologue qui m’a pris rdv avec un chirurgien, professeur Body à l’hôpital Bretonneau, dès le lendemain après-midi, à laquelle je vais avec mon mari. Pendant la consultation, le professeur nous annonce une suspicion de cancer avec des métastases aux ganglions lymphatiques. En effet, c’est surtout cela que les médecins ont senti. Sans attendre les résultats de la biopsie, il programme une intervention pour le lundi suivant. Pour nous plus de doute, c’est un cancer. Le chirurgien nous explique l’intervention. Vu mon âge, il va voir s’il peut ne pas faire d’ablation du sein, rien n’est sûr, il avisera sur place.
La rapidité de la prise en charge nous angoisse encore plus. Nous voilà pris dans un tourbillon qui ne nous rassure pas. Nous vivons dans l’angoisse avec mon mari, on essaie de se rassurer mutuellement, de faire comme si de rien n’était devant nos filles pour ne pas reporter notre angoisse sur elles. Tout notre monde s’écroule. Que vais-je devenir ? Et mes enfants ? Et mon corps si on m’enlève le sein, je perds ma féminité, mon mari pourra-t-il le supporter ? Des tas de questions. J'ai peur de cette maladie, le cancer dont beaucoup de personnes en meurt.
Dès le lendemain, des rendez-vous sont pris pour l’intervention : prise de sang, anesthésiste, échodoppler du cœur… Le dimanche soir, je rentre à l’hôpital. En une semaine, je suis devenue malade alors que rien ne le prévoyait, que j’étais en pleine forme.
La suite…
Lundi matin, je pars au bloc. On me retire la tumeur et la chaine ganglionnaire qui est atteinte. Par chance, on ne pas retirer le sein. C’est la première chose que je regarde à mon réveil, quelle chance. Le chirurgien a tout fait pour préserver le sein. La première question que je pose à mon réveil, est-ce cancéreux ? Ils ont fait une biopsie sur place. Le verdict tombe : c’est un cancer. Cela sera confirmé, avec les résultats de la biopsie quelques semaines plus tard.
Je sors pour Noël, mais j’ai raté le Noël de l’école de ma dernière fille. Mes filles ne comprennent pas ce qui arrive, elles sont si jeunes, mais elles voient bien que cela ne va pas. Noël est un peu triste.
Début janvier, je revois le chirurgien qui confirme : carcinome canalaire infiltrant type 3, grade3. C’est grave, il faudra traiter par chimiothérapie et radiothérapie.
Je rencontre l’oncologue et le radiothérapeute pour mettre en place le traitement. Ce sera un cycle de 6 chimiothérapies associé à 30 séances de rayons. En fait, ce sera 40 séances de rayons. Les rendez-vous sont pris pour la première chimiothérapie, fin janvier.
A l’époque, il n’y a pas de chambre implantable pour l’administration de la chimio, elle se fera par intra-veineuse. C’est un beau produit bleu fluo qui me sera injecté. Pour éviter la perte de mes cheveux, on me recommande porter un casque glacé pendant toute la durée de l’injection. Ça marche, je perds un peu mes cheveux mais cela reste correct, pas besoin de perruque. Ouf, je garde ma féminité.
Première chimio, je ne suis pas très malade. Je me dis, cela ne sera pas si dur que cela. Mais au fur et à mesure des chimios, je suis de plus en plus malade. J’ai du mal à remonter mes taux de globules blanches et plaquettes, les chimios s’espacent pour éviter une hospitalisation en chambre d’isolement. Je suis de plus en plus épuisée, affaiblie.
Heureusement, je suis très bien entourée, mon mari est là pour me soutenir, c’est mon pilier. Mes parents ainsi que beaux-parents sont là pour nous aider pendant les après chimios qui me rendent malade au point où parfois je ne peux plus me lever sans faire de malaise.
Heureusement, notre projet de construction prend forme, je m’investis dans le suivi des travaux. Cela me permet de me projeter dans l’avenir et de combattre cette foutue maladie, hors de question qu’elle m’emporte, je suis trop jeune et j’ai une famille. J’ai envie de vivre. Soutenue par mon mari et mes enfants, j’ai trouvé la force de faire face à cette épreuve.
Après les chimios, en juillet, ce sont les rayons qui commencent. Il faut aller à l’hôpital tous les jours. Nous habitons à la campagne à 30 kms de Tours, c’est fatiguant. A ma dernière séance, la trentième, on m’annonce 10 séances de plus avec une nouvelle machine. C’est le choc, je dois partir en vacances dans le sud. Vacances autorisées mais sans baignade, ni soleil, bref le rêve.
Fin septembre, je fais une pneumonie radique, les rayons ont abimé le poumon droit. Mon arrêt maladie est prolongé, je ne reprendrai le travail qu’au mois de mai.
Apres plus d’un an de traitements, la vie reprend son cours. Je suis en vie.
Aujourd’hui je suis convaincue que la participation active est essentielle dans la guérison.
Aujourd’hui
Tout va bien, je continue d’être bien surveillée, écoutée par le milieu médical. Je n’ai pas fait de récidive. Par contre, j’ai les effets secondaires des traitements : problème de cœur, osseux et surtout un lymphœdème qui est apparu au bout de 20ans ! Malgré tout, à chaque nouvelle mammographie c’est l’angoisse, mais je sais que c’est nécessaire.
J’ai voulu prendre une revanche sur la maladie : j’ai passé les concours pour être chef d’établissement, nous voyageons, nous profitons de la vie.
Je m’occupe de moi, je fais du sport dont du Dragon Boat avec Cher Dame de Loire, avec des femmes qui ont eu un cancer du sein, de la marche nordique... Je m’investis également dans l’association Au sein des femmes de Touraine. Je suis élue dans ma commune. Je prends tout ce qui me fait du bien.
J’ai la chance de vivre dans un lieu agréable avec un jardin, de vivre des moments riches avec ma famille et mes amis.
J’ai appris, grâce à la maladie à apprécier les moments simples et gais de la vie, les petits moments de bonheur, mais aussi à écouter mon corps.
Je veux croquer la vie à pleine dents !



