Chantal

Publié le 18/08/2024


 

Je m’appelle Chantal née BÉRIL veuve STIEN.

Je suis née en 1955. Je suis la maman de quatre enfants nés entre 1978 et 1990 et Babou de sept petits-enfants nés entre 2001 et 2023, 4 garçons et 3 filles.


Je suis retraitée du ministère de l’Éducation Nationale et de la Recherche, j’ai travaillé pendant 20 ans dans un laboratoire de recherche en microbiologie-virologie des milieux hydriques à Nancy comme biologiste, j’ai obtenu mon diplôme d’ingénieure en Biochimie Industrielle en cours du soir au Conservatoire National des Arts et Métiers puis j’ai exercé le métier d’enseignante en Biotechnologies et Génie Biologique en Lycée et BTS.


Le cancer, parlons-en !

Pour moi ce mot n’est pas tabou, ma marraine dans les années soixante et mon père en 1990 sont décédés d’un cancer. Je suis scientifique, je travaille quotidiennement sur des cultures cellulaires, …

Depuis des années je suivais le programme de dépistage des cancers de l’ADECA 54 qui permettait une double lecture des mammographies.

En mai 2010, mammo de contrôle (je viens de me rendre compte que les examens étaient toujours fixés autour de mon anniversaire) et quelques jours plus tard je reçois un courrier de l’ADECA me conseillant de revoir mon médecin à la suite d’une « anomalie » détectée sur les clichés du sein droit.

Pas de panique, j’ai eu pendant de nombreuses années un nodule sur le sein gauche et celui-ci a disparu.

Juin 2010, nouvelle mammographie, qui confirme la présence de nombreuses microcalcifications mais je me dis que des microcalcifications il y en a également sur l’autre sein donc restons calme et je suis relativement sereine.

Juillet 2010, macro biopsies … 6 fragments ont été enlevés pour être étudiés.

Attente des résultats …pas de nouvelles de mon gynécologue.

Fin août, je m’impatiente un peu et après visite chez mon médecin traitant et contact auprès de mon gynécologue, enfin les résultats me sont transmis. J’obtiens rapidement un rendez-vous auprès d’un autre gynécologue en « chirurgie gynécologique et cancérologique » …

Ce dernier m’annonce qu’il faut pratiquer une « exérèse » des tissus suspects, ça ce n’est pas une très bonne nouvelle ! Mais dans mon esprit quand ce sera enlevé on ne parlera plus de ces microcalcifications et puis j’ai une vie saine, j’ai eu des enfants que j’ai allaités donc je ne cochais pas vraiment de cases pour un cancer du sein.


La suite

Le 15 septembre 2010 : harponnage en deux endroits du sein droit pour localiser la zone de tissu à enlever. La manipulation a été brutale et inconfortable…

Le 16 septembre : « mastectomie » partielle du sein droit, pour la petite histoire c’était la première fois que j’étais hospitalisée et opérée sous anesthésie générale.

Au bout de 13 jours d’attente et d’interrogations, le gynécologue chirurgien m’annonce une très très mauvaise nouvelle : nouvelle opération MASTECTOMIE droite (carcinome intracanalaire etc …). Là je suis seule dans ma voiture et je réalise l’ANNONCE, cris et pleurs avant de rentrer à la maison.

Avant l’opération j’ai terminé les travaux de peinture dans la véranda, ne sachant pas si je pourrais les réaliser avant Noël et puis ça occupe mon esprit et la fatigue qui en résulte est bienfaitrice pour mes nuits.

Le 22 octobre 2010 : mastectomie totale du sein droit et curage de 15 ganglions associés à une reconstruction mammaire immédiate. 

Bon ben ça c’est fait, les deux chirurgiens ont très bien exécuté leur travail mais aucun conseil sur ce que je peux faire ou pas faire, sur des suites éventuelles, sur des précautions à prendre ou pas, sur des douleurs ou pas … Non rien, tout s’est bien passé, donc tout va bien, on se revoit plus tard. 

Mais toi, tu plonges dans l’inconnu, le questionnement ...

Heureusement mon médecin traitant m’a suivie, m’a accompagnée, m’a prévenue sur telle ou telle conséquence éventuelle… 

Je n’ai jamais eu de douleur à proprement parler concernant cette opération.

Juste malade à cause de la morphine et migraine qui ont fait que l’hospitalisation a été prolongée d’une journée par deux fois et surtout mensonge sur le niveau de douleur entre 1 à 10 pour éviter d’être à nouveau « shootée ».

Mais plusieurs semaines après j’ai eu des douleurs au niveau du sternum et de l’épaule, ce n’était pas insupportable mais ça me gênait …

Le parcours s’est poursuivi avec 4 opérations dont la symétrisation du sein gauche (en fait réduction mammaire) et en février 2011 : implantation de la nouvelle prothèse.

Mon médecin a monté le dossier d’ALD (affection longue durée 2x 5 ans) mais en fait mis à part les examens de mammo et échographie, le plus souvent le 100% n’était pas applicable car considérés comme traitements de « confort » contre les hématomes, les douleurs musculaires, les gonflements de tissus, l’aide à la cicatrisation …

Une découverte pour moi que j’ai expérimentée, c’est la « balade » de la prothèse et oui elle peut bouger et vous pouvez la retrouver sous votre aisselle en progression vers le dos ! Merci à mon ostéopathe pour la remise en place !


Morale et famille

J’ai tout de suite, à partir de l’ANNONCE, parlé de mon cancer (« mon » parce qu’on se l’approprie, c’est le meilleur moyen de se battre contre lui pour l’exterminer).

J’ai assuré mes fonctions d’élue, mes fonctions associatives et j’ai été très entourée du coup.

Je ne voulais pas que ce cancer dicte ma vie !

Mes enfants et mes deux petits-enfants et mon mari m’ont été d’un grand soutien chacun à leur manière. Ils étaient là et j’étais parmi eux.

Comme je n’aime pas qu’on s’apitoie sur moi, je ne sais pas si j’ai été très juste avec ma famille. Je pense que c’est très dur de se mettre à leur place et inversement donc on a géré au mieux je crois. Je n’ai pas beaucoup parlé, je n’ai, je crois, jamais beaucoup parlé de moi aux autres et là je me suis concentrée sur l’extermination du mal et vivre le mieux possible.

Cette prothèse, je l’ai mal supportée, on t’enlève un sein et à la place on te « pose » un objet sensé ressembler à un sein … alors là on en est loin du compte, d’autant plus qu’elle est placée sous le muscle pectoral… 

Oui debout, la silhouette peut faire illusion mais couchée on en est loin. Et l’absence de sensibilité, on en parle ? 

En 2015, à nouveau 6 macro biopsies sur le sein gauche et une petite «fantaisie» : un clip de repérage, tu reflippes un peu et puis tu vois rouge quand le gynéco cancérologue te dit : « en fait ça peut arriver après une réduction mammaire » et toi tu penses très fort « c’est sympa de le dire maintenant », mais passons à autre chose !

Il y a 9 ans je me suis fait tatouer un oiseau avec un fil dans son bec sur mon « non-sein » droit juste au-dessus de la grande et belle cicatrice (sans ironie : un excellent travail de couture du chirurgien esthétique). Une étape pour moi et mes 60 ans ! 


Maintenant

Aujourd’hui, cette prothèse me gêne parfois mais je l’ai acceptée, de toute façon elle fait partie de moi et surtout elle me rappelle que j’ai vaincu ce cancer.

Aujourd’hui rien à signaler de ce côté-là, j’espère rester en forme le plus longtemps possible même s’il m’est parfois difficile d’accepter que la vieillesse prenne ses marques (je ne parle pas des rides aucunement mais des douleurs diverses dues par exemple à l’arthrose …)

Il est vrai qu’à chaque nouvelle mammographie ce n’est jamais l’extase, d’abord parce que ce n’est pas un examen très agréable et qu’à chaque fois il y a l’attente avant l’échographie et l’analyse du médecin après, mais bon. Je dois avouer que de plus en plus souvent je me prends à penser ne plus vouloir subir ces examens. Trop stressant et impersonnel … mais nécessaire.

Mon mari est toujours resté persuadé que si je n’avais pas été opérée je ne serai plus de ce monde, peut-être avait-il raison ? Mais quelle bizarrerie la vie ! Lui est parti il y a 3 ans d’un cancer du poumon alors qu’il ne fumait ni ne buvait et faisait du sport, lui, ce sont des mutations géniques qui l’ont emporté mais pas d’opération possible dans son cas…comment lutter alors ? 


Mes petites devises seraient : 

Profiter de la vie, des petits bonheurs dès que j’en croise un (un sourire, des rires, même des pleurs, un dessin d’enfant, une musique, ...) 

Transmettre mes joies, mes peines- Exprimer mes émotions- Pleurer, rire-

Être bienveillante avec soi-même- Ne pas s’oublier- S’écouter, écouter son corps- 

Se connaître et être soi-même – Ouvrir son esprit – 

Il y a plusieurs vies dans la vie …


Mes projets rêvés : 

Que mes enfants s’approprient toutes mes petites devises et qu’ils vivent leurs rêves, leur vie.

Réaliser un album, peindre, continuer à animer une « troupe de théâtre », 

Réunir plus souvent mes enfants et petits-enfants, qu’ils sachent que je suis là pour elles et eux. 

Lâcher-prise de plus en plus souvent !