Jennifer

 Publié le 20/06/2024

Actualisé le 30/04/2025




Je m’appelle Jennifer, j’ai 35 ans et un petit garçon de 6 ans.


Le diagnostic

Il s’est fait par hasard, en novembre 2023, grâce à ma médecin généraliste que je ne

remercierais jamais assez. Elle me conseille initialement un changement de contraception, car

selon elle il faut arrêter l’œstrogène au vu de mes antécédents familiaux. En effet, ma mère est

décédée d’un cancer du sein il y a 10 ans tout rond. Après quelques semaines, des douleurs

bilatérales au niveau des seins m’angoissent, je repense à ma maman, j’ai peur. Après

consultation et palpation, ma médecin souhaite faire une échographie « pour se rassurer », car

pour elle, aucunes indications. C’est là que tout a commencé. Echo, mammo non prévue dans

la foulée, puis IRM et biopsies. Je continue à avoir peur et je comprends que ça m’arrive

vraiment. Après 2 longues semaines d’attente, à la consultation d’annonce, la médecin évoque

une petite tumeur de 11 mm type HER2++ de grade 3 ainsi que des microcalcifications

précancéreuses en intracanalaires jusqu’au mamelon. Je fais un amalgame avec l’histoire de

ma mère et me vois déjà mourir. La psychologue désamorce l’angoisse mais surtout mon père

aura les meilleurs mots du monde : « Tu vas guérir ». Merci Papa.

C’est ainsi que mon trek commence. Imagerie sportive qui m’amènera sur des pitons

glissants, des sous-bois épineux et d’autres paysages que je ne connais pas encore.


Les traitements

Alors me voilà blindée pour me réparer, réparer mon corps et réparer mon cœur, car

comme Galina notre chère photographe, je pense aussi que le corps peut exprimer les maux de

l’âme.

Ces 6 mois de chimiothérapie ont été placés sous le signe de la détermination, de l’envie

de vivre et de la tentative de garder le contrôle. Vain espoir car la maladie nous l’a enlevé, ce

contrôle sur notre corps, sur notre vie « normale ». Alors il faut se donner les moyens de s’aider

à guérir : psychologue, acupuncture, sport, yoga, alimentation, amis. Et aussi accepter la

tristesse, la peur, la fatigue, la perte des cheveux. Au final, on va rebondir, il faut savoir tomber

pour se relever. L’envie de vivre est plus forte que tout.

Je suis soutenue, par des amis chers à mon cœur, ma famille, sans failles. Mon mari

aussi, qui fait comme il peut avec mes changements d’humeur, mes émotions excessives et

mon regard différent sur la vie et sur mon corps. Mon petit garçon, avec qui nous avons choisi

l’humour pour aborder la perte des cheveux, et à qui j’explique que son amour est le meilleur

des médicaments. Il est aimant et prévenant, c’est un chouette petit garçon, il est une des

raisons pour lesquelles je me bats.


S’en suit la mastectomie avec reconstruction immédiate. Je ne me vois jamais à plat,

c’est un moindre mal. Mal oui, car la douleur est forte à la suite de l’opération. Les nausées des

chimios c’est une chose, la douleur en est une autre.. Dans la foulée, la radiothérapie

quotidiennement…Et ce vide après.. Que vais je faire de mes journées?! Le vertige du vide

après tant de rendez-vous à l'hôpital.. Encore quelques prises d’Herseptine toutes les 3

semaines.. Ce n’est pas complètement fini..


Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui, avril 2025, je me reconstruis dans cette nouvelle vie. Je me reconstruis dans

ma vie de célibataire avec un enfant en garde alternée suite à une séparation choisie, ma vie

avec ce corps (Plaira t-il?), avec la reprise du travail à mi-temps qui me remets dans le monde

réel.. Je me reconstruis avec les autres, ces femmes avec qui nous partageons nos vécus et

nos émotions, nos rires et nos joies, j’ai besoin d’elles pour continuer..

L’interne me dit “le 12 mai, c’est fini”.. dernière piqûre en perspective. je ne peux retenir

mes larmes, pleines de joie et de tout ce que j’ai vécu depuis 1 an, la fatigue, la peur, les

difficultés, l’inconnu.. Je garderai la joie, car les examens sont tous très satisfaisants. J’ai

réussi! Mon trek s’arrête là et je regarde le paysage avec envie!


Au final, ce cancer est un cadeau mal emballé, très mal emballé, il faut le

reconnaitre ! Mais il me permet d’accéder à une meilleure connaissance de moi,

de guérir les blessures du passé et de faire des choix que je n’osais pas faire

avant. Peu importe ce qu’elle amène, je suis pleine de gratitude pour cette Vie !